Big Brother : Humanisme et contrôle social

Vidéosurveillance : le top 20 mondial des villes qui espionnent leurs habitants

The Guardian - Londres

Publié le 05 décembre 2019

Dans le monde entier, les villes utilisent de plus en plus de caméras de surveillance et de systèmes de reconnaissance faciale. Le top 20 des villes les mieux équipées en la matière compte plusieurs métropoles chinoises, mais Londres, Atlanta ou Sydney y figurent également.

A Chongqing, 2,6 millions de caméras surveillent un peu plus de 15 millions d’habitants. Avec une caméra pour six résidents, la métropole du sud-ouest de la Chine compte plus de caméras de surveillance que n’importe quelle autre ville au monde, “battant même Pékin, Shanghai et le pôle technologique de Shenzhen”, note The Guardian. Sur les dix villes championnes du monde de la vidéosurveillance, huit sont des villes chinoises, selon le classement publié par la société Camparitech. Mais Londres et Atlanta, aux États-Unis, figurent également dans ce top 10, suivis par Singapour, Abou Dhabi et Chicago.

“Le Léviathan est de retour”

Pankaj Mishra, essayiste, romancier et journaliste indien.

“Nous vivons une période extraordinaire. […] Le coronavirus indique une transformation radicale, du type qui ne se produit qu’une fois par siècle et qui fait éclater toutes les idées communes d’avant. Toutes les conditions qui ont mené à la Première Guerre mondiale, puis à la crise économique de 1929 sont à nouveau réunies. Depuis des décennies, la désindustrialisation, la délocalisation des emplois, puis l’automatisation ont privé de nombreux travailleurs de leur sentiment de sécurité et de leur dignité, ce qui, dans les pays occidentaux, les a rendus vulnérables aux démagogues. Dans le même temps, le ralentissement de la modernisation économique ou le processus bâclé d’urbanisation lancé par les puissances ‘en rattrapage’ comme l’Inde ou la Russie ont créé, de façon prévisible, la base politique pour des figures et des mouvements d’extrême droite.

[Cette crise remet l’État au centre. Mais il serait judicieux de se souvenir que,] entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, l’État a tellement pris le contrôle de ses citoyens que certains pays sont carrément devenus fascistes. L’histoire des guerres et des génocides dans la première moitié du XXe siècle nous apprend que l’accumulation de ‘bio-pouvoir’ – la technologie de contrôle et de manipulation d’un grand nombre d’humains – peut permettre des crimes épouvantables. De toute évidence, les techniques de surveillance à la disposition de l’État contemporain, comme cela est manifeste en Chine, ne peuvent que limiter encore davantage les droits humains et les libertés. Le Léviathan est de retour.”

Dans Bloomberg, les 16 et 17 mars.

[Bloomberg News est une agence de presse américaine du groupe Bloomberg LP, spécialisée dans l'économie et la finance.

Le respect de la vie privée bafoué

Les centaines de milliers de caméras vidéo installées à Chongqing sont couplées à un système de reconnaissance faciale censé permettre d’identifier les criminels. Mais en pratique c’est bel et bien une surveillance généralisée de la population qui est assurée par un tel dispositif. Selon les normes internationales en matière de respect de la vie privée, la collecte et l’utilisation de données biométriques doivent être limitées aux personnes impliquées dans des délits et des crimes, et les citoyens ont le droit de savoir quelles données biométriques le gouvernement détient sur eux. “Les systèmes automatisés de reconnaissance faciale mis en œuvre en Chine violent ces règles”, souligne The Guardian.Pour sa part, Londres compte déjà plus de 620 000 caméras pour 9 millions d’habitants, indique le quotidien britannique. “Nous n’avons pas tout à fait autant de caméras de vidéosurveillance que la Chine, mais nous en prenons le chemin”, reconnaît Paul Wiles, le commissaire britannique chargé des usages de la biométrie, qui souligne l’urgence d’une nouvelle réglementation en la matière au Royaume-Uni. L’été dernier a été marqué à Londres par le scandale provoqué par l’opérateur privé de la gare de King’s Cross qui avait entrepris de déployer sans avertissement ni autorisation un système de reconnaissance faciale sur son réseau de vidéosurveillance.

Ces villes qui interdisent la reconnaissance faciale

En mai dernier, San Francisco est devenu la première grande ville américaine à interdire la reconnaissance faciale. Depuis lors, deux autres villes californiennes, Oakland et Berkeley, ont également interdit l’utilisation de la reconnaissance faciale par les pouvoirs publics. Somerville, dans le Massachusetts, a adopté une loi similaire. Paul Wiles pense que ces décisions pourraient inspirer d’autres municipalités au Royaume-Uni.

Les villes prêtes à renoncer à ces moyens sophistiqués de surveillance semblent toutefois peu nombreuses. “Parmi toutes celles que nous avons mentionnées dans notre étude, la plupart utilisent de plus en plus de caméras de vidéosurveillance ou disposent de plans visant à renforcer leur réseau”, reconnaît Paul Bischoff chez Comparitech.

C’est notamment le cas de Singapour, qui a l’intention d’installer 100 000 caméras de reconnaissance faciale sur les lampadaires, de Chicago, où la police en a demandé 30 000 de plus et de Moscou, qui a annoncé son intention d’installer 174 000 caméras supplémentaires dans les mois qui viennent. Pour sa part, la Chine devrait disposer au total 626 millions de caméras d’ici l’an prochain, selon le ministère chinois de la Sécurité publique.

“Safe cities” : les villes championnes du monde de vidéosurveillance

1. Chongqing : 2 579 890 caméras, soit 168 caméras pour 1 000 habitants

• 2. Shenzhen : 1 929 600 caméras, soit 159/1 000 hbts

• 3. Shanghai : 2 985 984 caméras, soit 113/1 000 hbts

• 4. Tianjin : 1 244 160 caméras, soit 93/1 000 hbts

• 5. Ji’nan : 540 463 caméras, soit 74/1 000 hbts

• 6. Londres : 627 707 caméras, soit 68/1 000 hbts

• 7. Wuhan : 500 000 caméras, soit 60/1 000 hbts

• 8. Guangzhou : 684 000 caméras, soit 53/1 000 hbts

• 9. Pékin : 800 000 caméras, soit 40/1 000 hbts

• 10. Atlanta : 7 800 caméras, soit 16/1 000 hbts

• 11. Singapour : 86 000 caméras, soit 15/1 000 hbts

• 12. Abou Dhabi : 20 000 caméras, soit 14/1 000 hbts

• 13. Chicago : 35 000 caméras, soit 13/1 000 hbts

• 14. Urumqi : 43 394 caméras, soit 12/1 000 hbts

• 15. Sydney : 60 000 caméras, soit 12/1 000 hbts

• 16. Bagdad : 120 000 caméras, soit 12/1 000 hbts

• 17. Dubaï : 35 000 caméras, soit 12/1 000 hbts

• 18. Moscou : 146 000 caméras, soit 12/1 000 hbts

• 19. Berlin : 39 765 caméras, soit 11/1 000 hbts

• 20. New Delhi : 179 000 caméras, soit 10/1 000 hbts

Source : Comparitech, “The world’s most-surveilled cities”

Confinement : Moscou déploie un système de reconnaissance faciale pour surveiller les citoyens

Courrier international

Publié le 31/03/2020 -

Les Moscovites ne peuvent désormais plus sortir de chez eux que pour les achats de première nécessité, promener leur chien, “descendre leur poubelle” ou se rendre au travail “quand leur présence est indispensable”.

Un laissez-passer sera également bientôt nécessaire pour sortir de son quartier. Alors que l’épidémie de Covid-19 progresse en Russie, le régime de confinement va rapidement être imposé au reste du pays et le contrôle des contrevenants est voué à se durcir.

Comme le rapporte le quotidien Kommersant, les 175 000 caméras de surveillance actives à Moscou seront donc “urgemment” équipées du système de reconnaissance faciale de la société russe NtechLab, que la ville a déjà en sa possession mais qu’elle n’a pas encore entièrement déployé. Le 30 mars, le maire de la capitale russe, Sergueï Sobianine, a ainsi déclaré :

J’espère que d’ici à la fin de la semaine, nous aurons les systèmes d’information permettant de contrôler quasi intégralement les déplacements des citoyens.”

Comme l’explique le journal, entreront dans le système les photos des personnes ayant enfreint le régime de confinement “afin qu’elles soient en surveillance constante” mais aussi les photos des malades confinés à domicile. Le système pourra également contrôler le confinement par zone d’habitations, repérer un “niveau d’activité douteux dans les logements et les halls d’immeubles”.

Précision importante du titre, le masque n’entrave pas la bonne marche du système, qui peut reconnaître une personne même si son visage est couvert à 40 %.

Analyser et anticiper les déplacements

Les données des caméras seront couplées aux informations fournies par les opérateurs téléphoniques. “Moscou va utiliser la même technologie qu’en Europe, commente le directeur général de l’entreprise Infosecurity, Kirill Solodovnikov. Les données des opérateurs mobile permettront d’obtenir rapidement une carte des habitants, d’analyser et d’anticiper les déplacements, d’empêcher les regroupements dans un même lieu.”

Cette débauche de technologies pour la surveillance des citoyens ne peut toutefois se déployer en faisant fi des lois, rappelle le titre. En effet, les données de localisation des abonnés et les données médicales personnelles sont protégées, tout comme sont interdites la conservation, l’utilisation et la communication d’informations sur la vie privée des personnes sans leur accord.

Le maire de Moscou en a lui-même convenu et a déclaré qu’une loi fédérale devrait être adoptée “afin de pouvoir travailler plus efficacement”.

Le secrétaire d’État à la Numérisation et à l’Intelligence Artificielle réalisera ensuite un rapport basé sur les mouvements de population “afin de déterminer les principales voies de contagion et de concevoir un modèle de lutte efficace” contre le coronavirus, explique La Vanguardia.

Il y a quelques mois, une étude similaire analysant les mouvements de la population espagnole avait suscité la polémique en Espagne, “en raison d’importants doutes concernant l’anonymisation des données collectées”, rappelle AB

0 vue
CONTACTS
SUIVRE LES ACTUALITÉS DE LA FONDATION

Fondation Clarens

Fondation de France

40 avenue Hoche
75008 Paris

contact@fondationclarens.org

© 2019 Fondation Clarens